FREDERIC DUTOIT

Né en 1956 à Marseille. Président du groupe communiste au Conseil municipal de Marseille. J’ai fait mes premières armes de militant communiste dans le 14ème arrondissement à partir de 1975. On m’appelait le Tapie du Parti car j’étais le spécialiste des sections qui n’allaient pas bien et que j’étais chargé de remonter. Si bien que j’ai fait quasiment toutes les sections de Marseille.

En 1995, pour les municipales pour la mairie de secteur 15/16, GH est candidat. Comme le Parti était très remonté contre lui et moi aussi, les communistes des sections du quartier nord ne veulent pas de lui. Je suis alors membre du bureau fédéral. Roland Joly et Joël Dutot étaient à la pointe du combat contre GH. Les dirigeants de la fédé considèrent que GH est un renégat mais incontournable. Dans les BDR, le PCF c’est GH. Dès 1994, le bureau fédé décide de préparer le terrain dans le Parti pour que GH soit tête de liste dans le 15/16. Personne n’avait envie d’aller sur le terrain faire ce travail. Comme j’ai cette image de repreneur du Parti, c’est sur moi que ça tombe ! Au BF tout le monde était au courant sauf moi je suis donc chargé de ce travail. Je ne connaissais pas plus que ça GH. En interne, ce fut un combat de fous, méchant. Ils vont jusqu’à dire dans les sections « mais nous on s’en fout de perdre pourvu qu’on n’ait plus GH ». Je leur réponds je comprends que vous ne soyez pas d’accord avec GH mais aller jusqu’à dire on s’en fout de perdre pour que GH s’en aille, alors là c’est Staline et le Goulag. Je me souviens toujours c’était dans le petit local de ST Antoine, il y avait 4 sections à l’époque, je leur dis «  ce n’est plus avec GH que vous avez un problème c’est avec moi ». Je réalise que le sectarisme poussé à l’extrême conduit à la mort. Au début, GH était méfiant à mon égard, à la fin il m’appelait son « petit frère ». Je dis à Joël et à Roland « puisque vous n’êtes pas d’accord, vous n’avez qu’à faire votre liste ». Là, ils cèdent. Dans la liste pour la municipale de 95, il y a donc des pro et des anti Hermier. GH me dit « Frédéric, j’ai besoin de toi pour les municipales ». Je suis donc élu conseiller d’arrondissement du 15/16. Je me retrouve 1er adjoint sans l’avoir cherché, je faisais tout ce que je savais faire dans l’ombre. En 98, GH propose à R Bret que je sois sur la liste des élections régionales. Je suis donc élu Conseiller régional. Je défends les dossiers des quartiers nord. A partir de 99, Guy est malade et je fais tout à la mairie, je faisais office de maire. Tous les soirs je vais chez Guy de fin 99 à 2001.Pour moi c’était difficile je parlais au nom de Guy, mais j’étais lié affectivement à lui. GH suivait tout, même quand il était très malade, en 2001 il a préparé les élections municipales. Quelques semaines avant sa maladie en 99 il me dit qu’avec Simone, ils veulent arrêter et il me demande de prendre la mairie. Un peu + tard il me demande de prendre sa suite pour la députation. La maladie a alors commencé mais il pense s’en sortir et je lui réponds « je croyais que tu préparais Jean Dufour ». Il revient à la charge en me demandant ce que j’en pense. Durant la campagne GH est présent à UNE réunion publique, pour la présentation de la liste. J’étais devenu GH pour les copains puisque GH était le chef de file et c’est moi qui étais présent. GH est élu maire en mars. On décide ensemble de faire la passation de pouvoir après les vacances d’été. Il donne une conférence de presse début juin dans son bureau où il annonce qu’au mois de septembre c’est moi qui le remplacerait. Une question lui est posée sur la députation et GH répond «  ???? »

Le lendemain de cette conférence chez lui il me dit « et pour la députation ? » je suis très gêné. Il me dit « il faut l’annoncer tout de suite. Je veux dire moi-même qui je vois pour me remplacer aux législatives de 2002 ». Il meurt le 28 juillet. Jusque là il a du mal. Il veut convoquer une AG des communistes pour leur dire, il se résout alors à écrire une lettre car il ne peut plus se déplacer. Je pense que c’est Simone qui a écrit la lettre car je ne suis pas présent. La veille de sa mort Simone m’appelle et me demande de venir à l’hôpital. Quand j’arrive, il est mort.

Cet homme m’a apporté plus que quiconque. Ce samedi soir je tel aux journalistes pour annoncer sa mort et leur demande de ne rien annoncer jusqu’au lendemain afin que la famille puisse être tranquille le dimanche.  J’avertis Gaudin, Coppola. Tout le monde a respecté cette demande.

Je suis élu maire du 15/16 le 10 août, ce jour là il y a le feu à l’Estaque  où je suis obligé d’aller ! Ensuite s’est posée la question de la députation. Je ne te dirai pas qui s’est porté candidat… Ce qui s’est passé ensuite n’a rien à envier au PS. De 2001 à 2002, c’est son suppléant Jean Dufour qui l’a remplacé. A chaque scrutin législatif depuis 1978, GH était élu avec de moins en moins de voix. Le PS ne présentait pas de candidat contre lui. Par exemple, au moment où Tapie voulait être candidat dans les quartiers nord, c’est Pierre Bérégovoy qui a réglé cette question contre Mitterrand. En 2002, Patrick Menucci est candidat mais la présence de Le Pen au 2ème tour de la présidentielle freine les socialistes vis à vis de P. Mennucci. Tous les grands élus socialistes demandent à P. Mennucci de ne pas se présenter afin que Patrick Dutoit soit le candidat unique de la gauche. On avait retiré les candidats communistes dans les circo de Sylvie Andrieux et de C. Mas pour que la gauche ne soit représentée que par un seul candidat pour les quartiers nord c’était la réciproque. Bisbille au niveau national pour le PS : François Hollande donne son aval à Menucci, Guérini refuse. Officiellement, pour finir, dans les BDR, le PS soutient ma candidature. Menucci se maintient contre l’avis de la fédé PS et de Guérini. Je gagne facilement au 2ème tour contre la droite, j’étais le candidat du rassemblement de toute la gauche. J’ai bien conscience à ce moment-là qu’on a gagné grâce aux circonstances : Le Pen au 2ème tour des présidentielles. Le PS a joué la carte de l’union dès le 1er tour. Menucci a fait un bon résultat. En 2007, le PS a présenté un candidat PS contre moi et j’ai été battu avec 19% des voix au 1er tour, ce qui m’a fait relativiser ce qu’on peut faire quand on est élu. Quel est notre pouvoir d’infléchir le cops électoral ? GH me faisait remarquer lui-même que depuis son élection en 1978, il ne faisait que perdre des voix malgré sa personnalité. Cela est lié à l’érosion générale du PC et au fait que les quartiers nord ne sont plus ce qu’ils étaient 40 ans + tôt. Les ouvriers sont au 3ème âge. Chez les jeunes il n’y a plus de milieu ouvrier traditionnel. Les 3/4 des gens des quartiers nord ne sont pas imposables. Le CEVIPOF quand je suis élu en 2002 avait demandé à me rencontrer. Ils me disent «  on ne comprend pas comment vous avez fa         it pour être élu. Toutes nos analyses nous conduisent à penser que vous ne pouviez pas être élu ». Je leur ai parlé du rassemblement contre le FN après les résultats de la présidentielle de 2002.

En 2002, je rencontre tout le monde : Andrieux, Vauzelle, Guérini. JN Guérini me dit « puisque ce n’est plus Hermier on va mettre un candidat PS. » A l’époque, (septembre 2001) JN G ne savait pas encore qui serait candidat pour le PCF. Je lui réponds « ça sera moi  et je vais gagner ! ». Plus tard JNG m’indique que Menucci a fait faire un sondage que lui aurait 21% au 1er tour et moi 19%. J’ai fait publier ce sondage dans toute la circo puisqu’au départ, les sondages me donnaient 10%, parce que j’étais le seul candidat en progression, la dynamique est de mon côté. Menucci c’était le petit canard qui risquait de faire élire un député FN. Enfin, dans la presse on disait toujours « le candidat communiste » et pas mon nom. En juillet 2002 je croise Michel Sanson à l’Estaque, il avait fait plusieurs articles sur la campagne sans jamais citer mon nom. Je le lui ai rappelé. Le député et le maire que j’ai été pendant 5 ans s’est régalé. Et j’ai fait avancer les dossiers des quartiers nord dans un bon rapport avec Gaudin : l’Espace Mistral, le Plan d’Aou, la ZAC de l’Estaque, la Mosquée. Mon grand défaut c’est que je ne suis pas assez charismatique. En 2007, le PS présente un candidat contre moi : Henri Gibrayel. Mon erreur a sans doute été que je ne sais pas faire de « cinéma ». J’aimais travailler sur du positif.

Je n’aime pas la démagogie. J’ai dû assumer l’implantation de la grande mosquée dans les quartiers nord.

 LEGISLATIVES DE 2007 et MUNICIPALES DE 2008

   Je suis donc candidat à la mairie, je suis  candidat au renouvellement en 2007. On ne m’a pas beaucoup aidé dans mon propre parti, ni au niveau national, ni au niveau local. Il faut dire que je m’étais battu après le non au TCE pour qu’il y ait un seul candidat à la présidentielle représentant le mouvement anti-libéral en 2006. J’avais commencé le combat pour le NON avant la décision du Parti  en juin 2006. Je me souviens d’une conversation avec MGB. Je lui dis que je pense qu’elle serait la meilleure candidate mais la question qui se pose est celle de peser dans l’élection présidentielle. Je ne pensais pas qu’on ferait 1,93%! Je lui répète qu’il faut qu’on crée les conditions d’un rassemblement. Il y avait aussi, derrière moi, le souvenir de GH. Je suis allé jusqu’au bout pour un rassemblement des anti-libéraux sans aller jusqu’à soutenir José Bové. Je n’étais donc pas en odeur de sainteté dans mon parti. J’ai fait la campagne avec le PC mais tout le monde n’était pas là. J’ai perdu la législative. Tout le monde trouvait normal dans mon parti de se débarrasser de moi pour les municipales même si personne ne l’avouera. Je me souviens d’échanges vifs avec R Navarro en janvier 2008 Coppola déclare publiquement que Frédéric Dutoit sera le chef de file des communistes sur Marseille. Quelques jours après, dans quel objectif, je n’en sais rien, peut-être fallait-il que Guérini accepte que le secrétaire fédé soit sur la liste alors que Navarro savait très bien que 6 mois après …C’était un bras de fer entre la fédé et moi. Personne ne cède. JNG est au courant de cette affaire. On  a perdu la mairie comme ça. A tel point que dans mon parti, c’est la 1ère fois que ça m’arrive et je ne pensais pas que cela m’arriverait, je m’engueule à la fédé avec Navarro. Pourtant c’est lui qui m’a fait. Quand on va négocier avec JNG, Raymond Navarro et moi, sur les candidatures, après que JNG ait cédé sur la présence de Coppola pour le conseil municipal et le conseil d’arrondissement, la moitié était des communistes d’accord avec moi, l’autre moitié d’accord avec Navarro. Guérini était l’arbitre. Je ne sais pas alors évidemment si on aura la mairie mais moi, je veux être président du groupe. Je n’avais jamais vu ça jusqu’ici. Je ne suis plus du tout un petit soldat, sachant ce que je sais on ne me fait pas prendre des vessies pour des lanternes.

J’ai perdu la législative et la mairie, quand je vois que mes propres camarades se battent pour le FDG aux régionales, ça me fait doucement rigoler. Pour la présidentielle, vous m’avez cassé les pieds en 2006…et maintenant ….la direction nationale a fait un choix tactique pour  ne pas faire 2% aux européennes,avec le FDG on a fait plus de 6%,tant mieux ! Difficulté pour les régionales : faire accepter le FDG élargi aux communistes et non aller avec le PS au 1er tour , chaque région décidant elle-même. On ne définit plus une stratégie mais on raisonne en termes électoraux : qu’est-ce qui nous rapporte le plus ? Le risque c’est de ne plus exister comme communistes. A force de ne penser qu’à l’organisation on en oublie l’idéal. Qu’est-ce qui nous différencie ? Je n’adhère pas à une seule force à gauche. On a beaucoup discuté dans les années 70, plus qu’aujourd’hui sur  ce que c’est qu’être communiste. Plus d’exploitation ? D’accord .C’est comment ?

Je ne suis pas pessimiste cependant .

Le capitalisme n’est pas inexorable. Et  les chefs c’est fini !

 (entretien avec G.Perrier, 2008)

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